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Péguy |
Extrait du “Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc” La Passion de Marie de Charles Péguy dit
par
Philippe Borrini – récitant Paloma Gutierrez Del Arroyo - chant et psaltérion La Passion de Marie
Dans
l’extrait que nous avons choisi, Jeanne d’Arc n’apparaît pas. Le texte
retenu part du cri d’épouvantable angoisse que le Christ a poussé à l’instant
de mourir. Péguy nous guide dans le chemin qui mène à l’explication, selon
lui, de ce cri inimaginable. C’est un parcours mental, une méditation de
l’écrivain sur le mystère fondateur de la Pensée, de la Foi chrétienne, son
Incarnation, son Martyr et de la Rédemption par le Christ exécuté sur la
croix, supplice d’une mort infâmante, d’une sauvagerie atroce. Le poète,
Charles Péguy, cherche - et trouve - l’extase de la vision première. Son
texte, en allers et retours, en tentatives, en quêtes méthodiques, nous élève
par son rythme jusqu’à nous faire
revivre “in vivo” la mise à mort du Fils de Dieu. La langue de Péguy
agit comme une machine à remonter le temps. Le scandale et le mystère
redeviennent éblouissants. Le texte gronde de colère, comme à chaque fois que
l’innocent est exécuté à la place du coupable, et l’effroi gagne qu’il ait
fallu l’accomplissement de ce martyre pour que la voie de Lumière soit ré-ouverte
aux humains que nous sommes tous - enfin presque tous. Ce qu’il y
a d’étonnant dans ce texte, est la perspective prise dans ce récit de la
Passion. Péguy suit le Chemin de Croix du Christ du point de vue de Marie, sa
mère. Cette pauvre femme - devenue vieille - ne comprend pas pourquoi tout le
monde s’est mis d’accord pour taper sur son garçon. Elle ne peut que pleurer.
“Les femmes ne peuvent, ne savent que pleurer.” Derrière la figure de Marie,
on voit se dessiner le portrait de la mère de Péguy, rempailleuse de chaises,
et qui n’a pas du très bien comprendre
ce qui arrivait à son Normalien de fils quand tous ses amis le
laissaient tomber, quand les temps difficiles étaient venus. Un mot sur
le style de Péguy, personne n’a écrit comme lui avant, et personne après.
C’est une langue incantatoire, écrite avec des mots de tous les jours, des
mots d’ouvrier, des mots de la rue. On dit que Péguy se répète sans cesse.
C’est vrai. Mais à écouter de plus près, presque aucune phrase n’est
identique. Péguy ne répète pas, il approfondit, il précise. Il fouille au
plus près la vision. C’est une mystique. C’est une musique. Si on accepte de
se laisser porter par le verbe de Péguy, on voit alors une pensée se déployer
en spirale, telle la structure de l’Univers, repassant inlassablement au même
point, mais à chaque fois plus haut. La poésie
se transmue en prière. Pourquoi Péguy?
La réponse
d’Alain Finkielkraut, à qui il
consacre son livre “Le Mécontemporain” Folio 99. Pourquoi
Péguy, maintenant? Qu’avons-nous à faire des tourments d’un paysan normalien
qui fut tout à la fois dreyfusard, catholique et socialiste, prophétique et
désespéré? Il fallait
mettre Péguy à l’ordre du jour car c’est peu de dire de cette œuvre qu’elle
est actuelle: en vérité, elle nous attend. L’heure est venue d’entendre dans
notre présent et pour l’avenir les âpres questions dont Péguy a harassé son
époque. L’heure est
venue, si nous voulons comprendre notre temps, de lever la quarantaine, de
lire Péguy, de réintégrer dans la cité intellectuelle la grande pensée
poétique et critique qui annonce “une panmuflerie sans limites” et voit
poindre “un monde non seulement qui fait des blagues, mais qui ne fait que
des blagues, et qui fait toutes les blagues, qui fait blague de tout”.
Portrait de Charles Péguy
Parcours de Philippe Borrini
Paloma Gutierrez Del Arroyo
Photo prise à la création dans l'abbaye Saint Philibert à Tournus (Saône et Loire) Avec Louis Thiry à l'orgue Cette version du Péguy
accompagnée par la voix de Paloma Gutierrez n'attend qu'un lieu pour exister,
pourquoi pas avec vous? |
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